SOMMET DU MILLENAIRE

ALLOCUTION

DE SON EXCELLENCE

MAITRE ABDOULAYE WADE

PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

DU SENEGAL


NEW YORK 6-8 SEPTEMBRE 2000

Excellences Mesdames,

et Messieurs les Chefs d'Etat

et de Gouvernement,

Altesses Royales,

Mesdames les Premieres Dames,

Monsieur le Secrétaire Général,

Mesdames et Messieurs,

En cette occasion historique ou la Communauté des Nations-Unies se retrouve pour celébrer l'avènement du nouveau millénaire et réfléchir ensemble sur ce que devront être le, rôle et la place de notre Organisation au 21ème siècle, je voudrais, vous apporter solennellement le message de paix et d'amitié du peuple sénégalais et, en même temps, vous renouveler notre attachement profond aux nobles idéaux inscrits dans la Charte des Nations Unies.

Monsieur le Président,

Sous votre direction avisée, le débat que nous engageons aujourd'hui sera, j'en suis persuadé, franc et ouvert, et nous conduira à des résultats concrets qui permettront à l'humanité de s'engager avec foi et optimisme dans le nouveau millénaire.

Mais je voudrais, avant tout, rendre ici un hommage appuyé au Secrétaire Général des Nations Unies M. Kofi ANNAN, pour le courage, la compétence et la lucidité dont il fait preuve dans l'exercice de son mandat., Le rapport qu'il nous a soumis, nous offre un large éventail d'idées et de propositions pertinentes permettant d'articuler une vision consensuelle d'une Organisation des Nations Unies solidement arrimée aux piliers de sa Charte et, en même temps, mieux outillée et plus adaptée aux réalités changeantes du monde.

Pour ma part, je voudrais aborder ici trois aspects qui me paraissent essentiels comme éléments de réponse de cette problématique.

D'abord, et à l'évidence, le premier défi à relever est celui de l'instauration d'une paix et d'une sécurité globales et durables, entre les nations mais aussi a l'intérieur des nations elles-mêmes, sécurité rimant avec élimination des guerres, de la violence, de la faim, de la soif de l'oppression, de la pauvreté et de la dette.

Les Etats membres ont une responsabilité première de créer les conditions minimales "d'un monde libéré de la peur"; pour reprendre le mot du Secrétaire Général.

Convenons donc, ensemble, en cette Année Internationale de la Culture de la Paix, d'une nouvelle doctrine des relations internationales fondée sur des principes parmi lesquels je n'évoquerai ici que l'acceptation de l'universalité des principes de démocratie, notamment le droit souverain des peuples de choisir librement et démocratiquement leurs dirigeants, le renoncement à la violence comme mode d'accès ou de maintien au pouvoir, le règne de l'Etat de droit, la promotion et la protection de tous les droits de l'homme partout dans le monde, sans discrimination, ni de sexe, ni de race, ni de religion.

A ce sujet, je voudrais penser à toutes les minorités qui, quelque part dans le monde, sont encore soumises au mépris de leurs cultures et a l'ignorance de leur droits dont le droit à la vie en citoyens libres.

Il y a des décennies, j’avais rêvé que I'Afrique franchirait le seuil du 21ème siècle sans aucun pouvoir dictatorial ou personnel mais en une belle mosaique de démocraties authentiques différenciées seulement par les teintes culturelles. Il me faut cependant admettre que les changements véritables qui se traduisent par l'alternance, par les élections, se compte sur les doigts d'une main. Faisons en sorte que la transition qui perdure enfin s'achève pour que nos peuples libérés s'adonnent au travail et à la créativité.

Monsieur le Président,

Le deuxième aspect de la problématique des Nations Unies au 21 eme siècle revêt, à mes yeux, une dimension complémentaire à la paix et à la sécurité c’est le développement économique et social dans un monde qui se transforme à une échelle globale.

Ici encore comme précédemment, je n’évoquerai que la dette, cette mécanique infernale dans laquelle les pays développés nous ont enfermés. Les générations travaillent chacune pour payer les dettes que d’autres générations ont empruntées et les siennes propres, dettes dont on cherche en vain les traces significatives en Afrique.

Le drame de la dette, ce n est pas qu'elle ne soit ni remboursée, ni effacée, les deux interviendront toujours. C'est que 'est une maladie récurrente qui reviendra toujours si ses causes profondes ne sont pas éliminées.

Il y a quelque part, comme une indécence, voire un défi à la raison, de faire du couple développement-dette le seul choix possible pour nos pays.

Au Sommet de Lomé, de juillet dernier, l'OUA a décidé, au-delà de l'objectif de désendettement de l'Afrique, de chercher à comprendre comment nous nous sommes endettés pour pouvoir nous attaquer valablement aux causes de cette forme pernicieuse et appauvrissante de dépendance. Car si tout le monde parle de dette, de rééchelonnement et d'effacement, aucun de nos pays ne sait, comme un bon comptablen devrait le savoir, comment nous nous sommes endettés et pourquoi plus nous payons Plus nos créanciers effacent et plus nous nous endettons. Le Sénégal a l'honneur d'avoir été chargé de préparer le projet du séminaire continental sur la dette que nous avons décide de tenir prochainement.

Le monde devrait cesser d'être un monde où des créanciers paternalistes font face à des debiteurs timides et frileux qui n’osent demander qu'indulgence, moratoires et effacement. Alors qu'ils sont les victimes d'un système injuste.

La science de l'économie, solidement adossée sur un profond sentiment de solidarité et d'interdépendance amènera la Communauté internationale à partager le sentiment qu’exprimait si bien, John Fitzgerald KENNEDY: «  une société libre qui ne peut pas aider sa majorité de pauvres ne pourra pas sauver sa minorité de riches ».

C'est tout le sens qu'il convient de donner à la décision historique du Sommet des Chefs d'Etat et de Gouvernement des pays membres de l'Organisation de l'Unité Africaine, qui, convaincu de leur communauté de destin, ont décidé à Lomé, en juillet, de créer l'Union Africaine.

Par cet acte de haute portée politique l'Afrique est aujourd'hui plus que jamais disposée à mobiliser toutes ses ressources humaines, particulierement ses cadres dont des milliers sont aujourd'hui au service de l'économie occidentale, pour relever les nombreux défis du 21ème siècle à travers une intégration politique, économique et sociale.

Et j'ai plaisir à vous annoncer que le Sénégal est le 2ème pays africain à ratifier le protocole de création de l'Union Africaine par ses deux chambres, Assemblée nationale et Sénat. Et j'ai tenu à promulguer le texte avant de prendre l'avion pour notre Sommet.

Monsieur le Président,

Le troisième et dernier élément de réponse que je propose est lié à la réforme de l’Organisation des Nations Unies que le Secrétaire Général a présentée dans le cadre d'un programme hardi de rénovation.

Je suis d'avis que l'une des premiere exigences de ces réformes réside dans l’augmentation du nombre des membres permanents et non-permanents du Conseil de sécurité et dans l'amélioration des méthodes de travail du Conseil.

Il est, dans notre intérêt a tous, que le Conseil soit plus représentatif de la Communauté internationale au nom de laquelle il a vocation d'agir. Il y va de la légitimité et de la crédibilité des décisions de cet organe central du système.

Réforme du Conseil de sécurité, mais aussi, renforcement du rôle de l'Assemblée Générale, rationalisation des travaux des autres organes principaux, allègement des mécanismes institutionnels, simplification des procédures administratives et versement intégral, sans conditions et à temps, par les Etats membres, de leurs contributions budgétaires, voilai me semble-t-il, les préalables à remplir si nous voulons faire de notre Organisation, un instrument moderne, apte à répondre aux exigences du 21ème siecle.

Monsieur le Président,

Au-delà du symbolisme que revêt le passage d'un siècle à un autre, d'un millénaire à l'autre, nous sommes aujourd'hui, à la croisée des chemins et nous n’avons d’autre choix que d'emprunter celui de l'espoir qui passe par la consolidation du multilatéralisme et de l'universalisme.

Au moment même ou nous nous réunissons ici, les réalités quotidiennes du monde nous rappellent encore le caractère inachevé de notre ambitieuse mission a bâtir la paix et a favoriser le développement dans le monde.

Nous ne pouvons pas échouer, nous ne devons pas échouer car l’Humanité a accumulé un stock sans précédent de connaissances scientifiques, de techniques et de technologies capables de produire bien au-delà de nos besoins.

La raison refuse la notion de pauvreté dans un monde ou la richesse globale est tellement abondante qu'au-delà de toute idée de redistribution, le seul «  non gaspillage » éliminerait, très probablement, la faim et la privation des besoins primaires de l'homme sur une bonne partie de la planète.

Devant ce qui frise la myopie intellectuelle, J'en suis a souhaiter l'émergence, comme au 18ème siècle, de Nouveaux Rationalistes.

Et je suis candidat pour être membre de cette nouvelle société sans frontières dont la vocation sera de chasser l'absurde et de promouvoir, par la chose la mieux repartie entre les peuples, l'intelligence, le règne de la Raison. Et, à l'instar du siècle des lumières, on parlera peut être aussi du millénaire des lumières.

Mais en attendant, prions pour que Dieu nous prête la sienne et nous guide sur le chemin.

 

Je vous remercie.

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