ALLOCUTION
EL HADJ
OMAR BONGO
PRÉSIDENT
DE LA RÉPUBLIQUE GABONAISE,
CHEF DE L’ETAT
SOMMET DU
MILLÉNAIRE
NEW YORK, LE 6 SEPTEMBRE 2000
Madame la Présidente,
Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire Général,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Au moment où les nations du monde que nous représentons ici s'apprêtent â
entrer de plain‑pied dans le 3ème millénaire, il est opportun de
rèfléchir ensemble sur le rôle futur de l'Organisation des Nations Unies, de
relever les nouveaux défis qui sont les nôtres.
J'aimerais d'emblée dire que pour réussir à relever ces défis, une
étroite et constructive coopération guidée par les idéaux de paix, de solidarité
et de bien‑être pour tous est indispensable.
Je voudrais donc vous saluer et vous féliciter, vous, deux éminentes
personnalités du Nord et du Sud choisies pour coprésider dans un esprit de solidarité
et de complémentarité ce sommet historique.
Qu'il me soit également permis de féliciter le Secrétaire Général de
l'ONU pour son action et pour les propositions pertinentes qu'il a portées à notre attention.
Elles ont le mérite de nous rappeler les grands problèmes qui interpellent le monde aujourd'hui.
Je pense ici aux conflits armés, au SIDA, à la pauvreté qui menacent
gravement la stabilité et le développement de nos nations, de l'Afrique en particulier.
Excellences,
Mesdames,
Messieurs,
Les conflits que connaît l'Afrique s'étirent sur tant d'années que l'on
peut parler d'un état de guerre permanent. Ces conflits bouleversent nos équilibres
sociaux, familiaux, culturels et écologiques. Ils déstabilisent nos économies,
compromettent notre développement, entravent nos libertés et engendrent de
véritables désastres humanitaires.
Or, en Afrique, l’action humanitaire en est seulement à ses
balbutiements. Nous devons la développer avec l'appui continu des institutions
des Nations Unies, le soutien des Etats membres ainsi que des ONG de stature
internationale qui nous apportent déjà leur précieuse aide.
Dans le court terme, il serait bon de renforcer la capacité des pays
africains à participer progressivement aux missions humanitaires.
De grandes lignes de travail doivent être définies à cet effet. C'est par
exemple le cas dans la sous‑région de l'Afrique Centrale où les pays
membres de la CEEAC ont décidé d'établir une force multinationale à vocation
humanitaire. L'ONU doit, alors, à nos côtés, contribuer à IG mise en oeuvre de cette initiative
afin de faciliter la consolidation de la paix, garante d'un développement
durable.
A cet égard, nous devrions mettre l'accent sur l'éradication des causes profondes des conflits armés et sur leur prévention.
A l'initiative des Etats de l'Afrique centrale, mon pays aura l'honneur
d'abriter le siège du mécanisme d'alerte rapide, comme instrument de prévention
des conflits dans la sous‑région.
J'invite à cet effet les Nations Unies et la communauté internationale à
soutenir fortement ce mécanisme.
Un autre problème menace aussi la stabilité du continent. il s'agit du
SIDA qui atteint nos forces de travail et la structure même de nos sociétés.
La lutte
contre le SIDA nécessite une coopération internationale plus intense pour
adapter les programmes de prévention, de traitement et de recherche
scientifique à l'urgence et à l'ampleur de la tâche.
Dans l'immédiat, j'aimerais lancer un appel pressant visant à faciliter
l'accès aux soins. C'est encore une exigence morale, une question de sécurité
et de développement qui doit nous amener à agir dans ce domaine.
Pour sa part, le Gabon participe à cet effort par la recherche
fondamentale menée par le Centre International de Recherches Médicales de
Franceville (C.C.I.R.M.F) créé en 1978. Cette institution a inscrit le SIDA
dans son programme d'activités. Dans cette optique, le Gabon reste disposé à intensifier
la collaboration scientifique qu'il entretient déjà avec d'autres instituts de
recherches à travers le monde.
Madame
la Présidente,
Monsieur
le Président,
Je demeure convaincu que nos efforts en vue de bâtir un monde plus
paisible et plus prospère aboutiront si nous continuons à les inscrire dans une
logique globate de développement.
C'est d'ailleurs dans cet esprit que la Déclaration universelle des
Droits de l'Homme attache autant d'importance aux droits économiques, sociaux
et culturels qu'aux droits civils et aux libertés politiques.
De même,
nous sommes attentifs à l'exploitation du commerce électronique, nouvelle forme
dune économie mondiale fondàe sur l'Internet et nous soutenons l'organisation
d'un sommet mondial sur la société de l'information conformément à la résolution
adoptée par les plénipotentiaires de l' Union Internationale des
Télécommunications en 1998.
Je souhaite au plus haut point que les réformes en cours permettent à
l'ONU de regarder davantage vers l'Afrique en prenant en compte ces dëfis.
La réforme de notre Organisation s'inscrít pleinement dans le contexte mondial
actuel marqué, au plan économique, par la globalisation et la mondialisation
et, au plan politique, par une progression des valeurs et de la pratique
démocratiques dans tous les continents.
Dans notre volonté de redynamiser l'ONU, cette démocratie, expression du
plus grand nombre et dans le respect des minorités, doit inspirer nos
réflexions.
C'est pourquoi, je ne voudrais pas terminer mon propos sans évoquer ici
la réforme du Conseil de sécurité.
En effet, le 14 octobre 1977, à cette même tribune, en ma qualité de
Président en exercice de l'OUA, j'avais demandé que l'Afrique puisse avoir une
représentation permanente au Conseil de sécurité avec les mêmes privilèges et
devoirs que les cinq membres permanents actuels.
Je me réjouis que cette revendication, qui à cette époque était, pour
certains, du domains du rêve, recueille aujourd'hui l'adhêsion de tous.
J'appelle à sa concrétisation.
C'est sur cette note que je termine mon propos, convaincu que de ce
sommet, notre Organisation sortira renforcée et plus efficace et que naîtront
de nouvelles et plus fortes solidarités entre les Etats et nos peuples.
Je vous remercie.