REPUBLIQUE RWANDAISE

 

DECLARATION DU RWANDA

PAR S.E.M JOSEPH W. MUTABOBA

AMBASSADEUR ET REPRESENTANT PERMANENT

AUPRES DES NATIONS UNIES

 

A LA 55EME SESSION ORDINAIRE DE

L’ASSEMBLEE GENERALE DES NATIONS UNIES

 

New York, le 22 Septembre 2000

 

 

Monsieur le Président,

 

Qu'il me soit permis d'abord de me joindre aux orateurs qui m'ont précédé pour vous adresser, au nom de notre Ministre des Affaires Etrangeres empêché, au nom de ma délégation et en mon nom propre, mes vives félicitations, à l'occasion de votre brillante élection en qualité de Présidest de la 55ème Session de l'Assemblée Générale des Nations Unies.

 

Mes félicitations s'adressent par ailleurs à votre éminent prédécesseur, S.E.M. Théo Ben GURIRAB, ainsi qu'à Monsieur le Secrétaire Général, Kofi ANNAN, pour la qualité et le grand volume des activités réalisées au cours de l'exercice qui s'achève.

 

Je profite de la même occasion pour féliciter TUVALU, le 189ème membre de notre Organisation à qui nous souhaitons la bienvenue. Nous esperons que d'autres membres potentiels tels que le Sahara Occidestal en Afrique puissent nous rejoindre bientôt.

 

Monsieur le Présidest,

 

Le sommet du Millenium auquel a participé le Chef de l'Etat rwandais, S.E.Docteur Paul KAGAME, a suffisamment fait le bilan du 20ème siècle et formulé des recommandations de nature à éclairer îes actions de l'Organisation pour le 21ème siècle qui commence.

 

Comme d'aucuns l’ont souligné, le 20ème siècle a été à la fois l'ère des grandes conquêtes technologiques sans précédest et celle des crises dune ampleur qui se mesure à la puissance des nouveaux outils de la destruction.

 

La caractéristique pénible de la Première et de la Deuxième Guerre Mondiale est d'avoir mis en jeu les technonologies de pointe de la fin du 19ème et de la première moitié du 20ème siècle pour d'énormes destructions aussi bien humaines que matérielles.

 

En 1918 comme en 1945, l'humanité entière await de l'effroi face aux conséquences de chacun,e des deux Guerres Mondiales. Plus jamais des guerres qui conduisent à la perte des millions de vies humaines, plus jamais le génocide, s'étaient écriés plus particulièrement les pays fondateurs de l'ONU, alors réunis à San Francisco en octobre 1945.

 

Aujourd'hui comme hier, la Communauté Internationale se surprend encore en train de vivre les horreurs qu'elle avait cru enterrées à jamais. Ces horreurs s'appellent entre autres le génocide commis au Rwanda en 1994.


      Ce qui a manqué pour contribuer à la prévention ou à l'arrêt de ce génocide, ce ne sont certainement pas les principes théoriques de morale publique et de droit international. Ces principes avaient été même très renforcés en 1948 avec la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme. Ils ont été largement diffusés daps le monde par de nombreuses organisations qui s'en réclament la vocation. Le Rapport Brahimi dont nous saluons les conclusions et les recommendations était dû et nous profitons de cette occasion pour féliciter de vive voix notre Secrétaire Général, Kofi Annan, pour avoir commissioné ce rapport et les deux autres rapports qui l’ont précédé, c'est-à-dire le Rapport Srebrenica ainsi que le courageux Rapport Carlsson. Notre organisation à échoué mais le rapport Brahimi nous dit que nous pouvons rectifier le tir à l'avenir. Rater cette unique chance de réflexion sur ce qui dolt être fait et comment serait se renier et renier les principes et valeurs exprimés dans la Charte de notre organisation. Un autre Rwanda ou Srebrenica ferait honte à nous tous.

 

Le véritable noeud du problème est à chercher sans doute ailleurs. Comment ne pas s'étonner même aujourd'hui des lenteurs ou des prétextes de blocage des poursuites judiciaires à l'endroit des auteurs de ce génocide dans des pays qui se déclarent de culture des droits de l'homme! Il y en a même qui se référent au génocide comme "la chose qui s' est passée au Rwanda en 1994" par peur d'y croire ou d'y penser pour ne citer que le Ministre Yerodiya Ndombasi dans ses réflexions du 16 Septembre cette année et à cette tribune.

 

Bref, ma délégation en appelle à la Communauté Internationale pour qu'elle tire du génocide commis daps notre pays toutes les leçons qui s'imposent, pour que le «plus jamais une telle tragédie humaine» cesse d'être un vain et vide mot. De manière beaucoup plus urgente, il est question d'aider le Rwanda à se reconstruire et à réparer les énormes dégâts matériels et moraux de ce génocide de 1994, comme le recommandest le Rapport de la Commission d'Enquête Indépendante, mine en place par l'ONU, et celui du troupe International d'Eminentes Personnalités mine en place par l'OUA. Vous tous pouvez alder le Rwanda à se reconstruire et à se développer et penser au Rapport Brahimi chaque fois que nous pennons à faire mieux pour l'organisation et notre humanité .

 

Je profite de l'occasion pour apprécier 1es débats du Conseil de Sécurité qui, le 15 Avríl dernier, a fait siennes les recommandations du rapport CARLSSON, tout en demandant au Conseil de bien vouloir user de son influence pour en assurer un suivi conséquent au sein d'autres institutions et agences des Nations Unies dont le PNUD de qui nous attendons un apport spécial pour l'assistance au développement du Rwanda. Nous osons espérer que les reformes en cours au rein du PNUD puissent aboutir à une assistance basée sur un partenariat sincère et motive dont l'idée maitresse est britannique tel que brillamment exprimé par le Premier Ministre Tonv Blair lOrS du sommet du millenium. Ce partenariat est imbu d'égalité, de justice, de solidarité fraternelle pour tour. hTous invitons tous nos partenaires à s'y referer pour leurs relations avec non seulement le Rwanda mais avec tous les autres pays en devéloppement, surtout. d'anciennes colonies.

 

Outre la contribution à l'éffort de réparation des lourds effets du génocide, les rapports en question interpellent aussi à juste titre la Communauté Internationale, pour qu'elle contribue résolument à prévenir ce crime contre l'humanité, notamment par sa répression. Ceux qui cachent, protègent et plaidest en faveur des criminels du Génocide de 1994 devraient penser deux fois avant de persister dans cette option qui n’est que mauvaise.

 

Monsieur le Président,

 

J'en arrive ici à la crise congolaise dont certains aspects se situent sans le prolongement du génocide commis au Rwanda en 1994. Comme il convient de le rappeler, bon nombre de miliciens et anciens militaires rwandais, auteurs de ce génocide, se sont réfugiés dans l'actuelle République Démocratique du Congo, aprèsl eur forfaits et leur défaite.

 

Non seulement ces anciens militaires et miliciens n'ont pas été désarmés à l'époque mais ils ont continué plutôt à bénéficier de nouveaux équipements et entraînements militaires, pour commettre des actes de génocide sur les régions frontalières et préparer la réédition d'un génocide généralisé. Ceci nest t'il pas suffisant pour inviter un Gouvernement responsable à agir en faveur de la souveraineté de son pays et de la securité de son peuple? Vous comprenez bien que ce n'est guere un pretexte de securité mais une réalité du moment.

 

Dieu merci, le projet dune invasion massive par les génocidaires fut mis en échec en novembre 1996 par les forces de l'Armée Patriotique Rwandaise. Mais de mai 1997 à août 1998, il a fallu encore résister aux infiltrations menées à partir du Congo et aux actes de génocide commis dans le Nord-Ouest de notre pays.


Les horreurs de cette insurgence ont fait l'objet de plusieurs résolutions mail le monde semble les avoir oubliées si vite.

 

C'est dans ce contexte que se situe actuellement la présence militaire de notre pays au Congo qui n'a pour lens que la prévention dune telle réédition de génocide au Rwanda par les mêmes miliciens Interahamwe et militaires de l'ancien régime. Nous avons relativement réussi à atteindre nor objectifs. Depuis 1998 noes avons capturé bon nombre d'interahamwe et soldats de l'ancien régime et les milices interahamwe contrairement à ce qu'a déclare le Ministre Yeroáia Ndombasi devant cette auguste assemblée le samedi 16 septembre âernier. La plupart des soldats ont réintégré l'armée et ill sont nombreux. Nous gardons encore 135 d'entre eux qui attendent.

 

Nous avons également réussi à sauver des griffes de ces Interahamwe et soldats de l'ancien régime, des civils innocents qu'ils avaient pris pour otages pendant tout ce temps pour des fins purement militaires et politiques. Dans cette catégorie otages libérés au cours de nos opérations 12,000 personnel ont été rapatriés depuis août 1998 et 1e processus continue. Nous avons établi des centres d'accueil sur nos frontières avec la RDC et plusieurs organisations humanitaires dont le HCR ont été associées. Ceci n’est donc un secret pour personne et a été documenté par le HCR à Goma et Gisenyi. Ceux qui sont contre nos succès appellent ces gens des citoyens congolais que nous forçons à l'exil au Rwanda car leur départ a créé un vide daps les opérations des alliés de ces forces génocidaires. Ce sont nos citoyens et personne ne pretendrait les aimer mieux que nous. Ils sont chez eux et ils attendent les autres à bras ouverts.

 

Monsieur le Président,

 

Mon Gouvernement avait salué la signature des Accords de LUSAKA de juillet 1999 dont les principales composantes étaient:

 

     les négociations politiques intercongolaises devant aboutir à un nouvel ordre politique en République Démocratique du Congo ( RDC)

 

  la poursuite et le désarmement des grouper armés, y compris les anciens militaires Rwandais et les miliciens Interahamwe, auteurs du génocide de 1994, qui cherchent toujours à poursuivre leer forfait, encouragés par certains de nor frères Congolais qui vont jusqu'à nier leur présence sur le territoire congolais dans le seal but de nous vilifier, à en croire les propos du Ministre Yerodia Ndumbasi, samedi dernier.

           

La délégation rwandaise déplore que le Gouvernement de KINSHASA ait récemment remis en cause les mêmes Accords, pourtant soutenus par tous les autres pays concernés de la sous-région, l'OTJA et le Conseil de Sécurité des Nations Unies.

 

Cette remise en cause des Accords de LUSAKA était consécutive au refus controversé du même Gouvernement congolais d'autoriser le libre mouvement des observateurs militaires des Nations Unies qui ne peut, du reste, se concevoir en dehors desdits Accords dont il est partie intégrante.

 

En ce qui le concerne, le Rwanda estime que les Accords de LUSAKA constituent actuellement le seul cadre de nature à garantir une paix durable en RDC et dans la sous-région. Toute autre démarche en la matière risquerait de compromettre dangeureusement le processus de paix en cours.

 

Par ailleurs la lenteur et les hesitations observées du côté de notre organisation en  ce qui concerne le déploiement de la force de la Mission des Nation Unies au Congo devrait être revues et profiter des offres en cours pour renforcer la présence des Nations Unies dans les zones évacuée par les parties signataires de l'accord de Lusaka. Toute tentative de réduction de la force ne menera qu'à la catastrophe que le Rapport Brahimi essaye de nous epargner.

 

Je profite de l'occasion pour apprécier à sa juste valeur le rôle croissant des organisations régionales et sous-régionales dans la résolution des conflits. Comme tout le monde le sait, pareille implication positive a déjà donné des résultats non négligeables dans différentes parties du monde, notamment en Asie du Sud-Est, en Afrique Occidentale et ailleurs.

 

Notre souhait serait que les Nations Unies intègrent pareille approche des contributions régionales dans ses mécanismes de résolution des conflits.

 

Monsieur le Président,

 

Si la question des conflits daps le monde continue à être l'une des plus grandes préoccupations de notre Organisation, il s’avère sans doute indiqué de mettre l'accent sur leur prévention. Cela requiert d'être attentif aux efforts tendant à éradiquer ou tout au moins à atténuer les causes qui sont les causes qui sont à la base des conflits aussi bien internes qu'externes.

 

A propos du Rwanda, l'arrêt du génocide de 1994 a été suivi par des orientations courageuses, inspirées par les leçons tragiques de notre histoire récente. Ces orientations se sont traduites en actions et facteurs de réconciliation nationale ci­-après:

 

     la mise en place dès juillet 1994 d'un Gouvernement d'Union Nationale et d'un Parlement comprenant toutes les composantes de la population rwandaise et toutes les sensibilités politiques du pays. Il s'agit là d'une approche d'intégration que le Rwanda indépendant n'avait jamais connue au paravant, malgré les atouts linguistiques et socio-culturels historiques qui militaient en sa faveur;

 

     la suppression de la politique d'exclusion qui a duré plus de 30 ans, dans tous les secteurs de la vie nationale allant de l'éducation à l’emploi. Nous nous felicitons de l'abolition de la carte d'identité qui categorisait les gens suivant leur ethnie et leur endroit d'origine et à base de laquelle on décidait qui tuer ou qui sauver, 60 ans après son introduction;

 

     la création dune armée nationale competente et professionelle comprenant les forces de l'Armée Patriotique Rwandaise qui a libéré le pays ainsi qu'une partie des forces de l'ancien régime qui s'est désolidarisée des criminels du génocide. Nous saluons leur bravoure et leur discipline. Les Nations Unies ont besoin des troupes du genre pour des operations aussi dures qu'en Sierra Leone et ailleurs, le moment venu;

 

     la mise en place depuis mars 1999 de la Commission Nationale des Droits de l'Homme et de la Commission pour l'Unité et la Réconciliation Nationale;

 

     la réhabilitation du système judiciaire aver garantie de l'indépendance de la magistrature. Ce système judiciaire vient d'être renforcé dune juridiction dire GACACA qui, tout en gardant les normes judiciaires internationales, bénéficiera des Brands apports participatifs de la population au niveau de l'instruction des procès. Ceci offrira l'avantage d'accélérer le jugement des présumés coupables du génocide;

 

     le rapatriement en 2 ans et demi de plus de 3 millions de réfugiés. Il s'agit la d’une action d'autant plus remarquable.


Monsieur le Président,

 

J' en arrive enfin à cet autre défi de notre temps qu' est la pandémie du SIDA. A l'heure qu'il est, cette maladie emporte chaque jour dans le monde plus de vies humaines que les guerres les plus meurtrières. Les populations des pays pauvres se trouvent être les plus vulnérables face à ce mal du siècle. Les frères Congolais qui aujourd'hui se plaisent à declarer que le SIDA a été importée chez eux par nos soldats oublient de façon délibérée que les premiers cas du SIDA ont été trouvés dans l'ex-Zaire il y a de cela exactement 15 ans. Je dois ajouter également et nous féliciter, que nos forces armées subissent des examens approfondis avant leur déploiement et à la fin de leur mission. Tous les autres devraient faire de même et ce dans l'esprit des soucis du Conseil de Sécurité lors de ses sessions de janvier dernier.

 

La délégation rwandaise lance du haut de cette tribune un appel pressant à la Communauté Internationale pour qu'elle fasse preuve d'un élan de solidarité agissante face à la menace d'extinction de l'humanité que représente le SIDA. Prendre le SIDA à la légère équivaut purement et simplement à la banalisation du crime de génocide. L'un et l'autre exterminent les populations et devraíent être combattues avec vigueur et détermination.

 

De manière plus précise, il est instamment question d'aider les pays les moins avancés à bénéficier au moms des récents médicaments susceptibles de soulager les personnes atteintes de SIDA à des prix abordables et mettre tout en oeuvre pour endiguer ce fléau.

 

Par ailleurs, ma délégation est convaincue qu'un effort de mobilisation des plus grandes ressources financières permettrait aux recherches scientifiques de maîtriser cette maladie et d'autres tel que le paludisme qui déciment une très grande partie de nos populations.

 

Puisse ce 21ème siècle qui commence augurer d'un monde de paix et de solidarité susceptible de mieux répondre aux aspirations les plus profondes de l'humanité.

 

Je vous remercie.