Mes priorités
Paix et sécurité
Il nous faut absolument donner à l’ONU les moyens de jouer pleinement
son rôle dans la prévention des conflits et dans le rétablissement,
le maintien et la consolidation de la paix, qui s’inscrivent dans la même
progression, et ce dans la cohérence et la discipline et en envisageant
le tout de manière globale. Apprendre à mieux exercer la diplomatie
préventive et apporter notre appui à des processus de paix viables,
c’est nous permettre de trouver des solutions durables et d’être
plus efficaces dans notre action face aux conflits.
Afrique
Environ 65 % du budget de maintien de la paix de l’ONU
est consacré à l’Afrique. Mais, pour maîtriser le
problème des conflits de ce continent, il faut s’attaquer à ses
causes profondes. Il faut donc que le maintien de la paix soit assorti de processus
politiques destinés à régler les conflits, et il faut
accorder au développement un rang de priorité élevé afin
d’implanter solidement une paix durable. Le Soudan requiert une attention
particulière. Il faut accélérer l’application de
l’accord de 2005 qui a mis fin à la longue guerre civile entre
le nord et le sud, notamment en ce qui concerne la préparation des élections
qui doivent avoir lieu en 2009. Pour mettre fin à la tragédie
que traverse le Darfour, maintenant que le principe d’une force Union
africaine-ONU a été accepté, nous devons installer rapidement
des contingents sur place. Il faut que l’on s’attaque aux causes
profondes du conflit et que les parties passent à la phase des pourparlers
globaux. Le gouvernement soudanais, les groupes rebelles, la société civile
et des pays de la région ont entamé des pourpalers de paix à Sirte,
en Lybie pour tenter de parvenir à un accord de paix.
Moyen- Orient
La région est aussi complexe, fragile et dangereuse
que jamais, et, pourtant, il s’offre des possibilités de réconciliation
qui doivent être saisies. En ce qui concerne la profonde défiance
que nourrissent les uns pour les autres les Palestiniens et les Israéliens
et qui empêche tout véritable processus de paix, on peut espérer
que les efforts déployés par l’ONU au sein du Quatuor et à l’appui
de l’Initiative de paix arabe aideront à se rapprocher d’une
paix juste, durable et globale. L’Iraq, lui, est le problème de
toute la planète. Nous savons tous comment nous en sommes arrivés
là, mais l’ONU peut jouer un rôle déterminant en élaborant
un processus politique ouvert et propice à la réconciliation
nationale, en aidant la région à évoluer vers une plus
grande stabilité et en offrant une assistance humanitaire aux civils
innocents, y compris les presque 4 millions de réfugiés et de
déplacés iraquiens.
Non-prolifération et désarmement
Le risque de prolifération d’armes nucléaires ou autres
nous menace comme une épée de Damoclès. Le Conseil de
sécurité a pris des mesures importantes à la poursuite
de l’objectif de la non-prolifération en Corée du Nord
et en Iran. Dans le cas de la Corée, je suis personnellement engagé à faciliter
le bon déroulement des pourparlers à six et à soutenir
les efforts de dénucléarisation de la péninsule.
Développement
Il faut certes s’occuper des menaces qui pèsent sur la paix,
mais je m’inquiète tout autant des hommes, des femmes et des enfants
qui, de par le monde, doivent se donner un mal énorme pour joindre les
deux bouts : il est intolérable que près d’un milliard
de personnes vivent encore avec moins d’un dollar par jour. Les objectifs
du Millénaire marquent la route vers un xxıe siècle prospère
et technologiquement avancé, et aucun être humain ne devrait mourir
de malnutrition ou d’une maladie évitable, ni être privé d’éducation
ou de l’accès à des soins de santé de base. Le traitement
et la prévention du VIH/sida, tout comme les soins et l’aide à fournir à ses
victimes, peuvent être mis à la portée de tout le monde,
et cette épidémie mortelle doit être jugulée. Nous
devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour atteindre les objectifs
du Millénaire, surtout en Afrique. Je mobiliserai les volontés
politiques et je tiendrai les dirigeants comptables de leur engagement d’y
consacrer des ressources suffisantes, ainsi que l’aide au développement
voulue, et de corriger les disparités du système du commerce
mondial qui paralysent tant de pays en développement.
Changement climatique
Si nous attachons la moindre importance au monde que nous laisserons aux prochaines
générations, il est temps d’agir à l’échelle
mondiale et avec détermination. L’ONU offre un lieu de rencontre
naturel pour dégager un consensus et négocier les mesures à prendre à l’échelle
mondiale. Tous les pays peuvent prendre des mesures utiles pour annuler leur
effet net sur les émissions de dioxyde de carbone. La rencontre de haut
niveau de septembre 2007 a poussé les dirigeants à commencer à penser à l’examen
de la Convention-cadre des Nations Unies, en décembre
2007; elle a aussi fait comprendre qu’on ne peut plus faire comme
si de rien n’était. La conférence de Bali doit être
le point de départ de négociations pour remplacer les engagements
pris dans le cadre du Protocole de Kyoto, qui doit expirer en 2012. Nous devons
mobiliser la volonté politique
du monde en développement et du monde industrialisé pour faire
en sorte que les négociations aboutissent.
Droits de l’homme
Si la sécurité et le développement sont deux des pôles
d’activité de l’ONU, les droits de l’homme sont le
troisième. La promesse de la Déclaration universelle des droits
de l’homme, dont le soixantième anniversaire tombe en 2008, doit
continuer d’inspirer l’action menée sur le terrain. Le Conseil
des droits de l’homme doit se montrer à la hauteur de sa mission
de champion des droits de l’homme à travers le monde, sans défaillance
et avec équité. Il ne faut pas que « plus jamais ça » soit
une expression creuse. Je m’efforcerai de traduire en action le principe
de la responsabilité de protéger les populations confrontées
au génocide, au nettoyage ethnique ou à des crimes contre l’humanité.
Réforme de l’ONU
Efficacité et rationalisation doivent être les principes fondamentaux
de l’action menée par l’Organisation pour relever les défis
nouveaux. Il faut que nous simplifiions et rationalisions nos règles
de fonctionnement, nos politiques et nos méthodes de travail et que
nous mettions nos pratiques en conformité avec ce qui se fait de mieux
dans les secteurs tant public que privé. La réforme est nécessaire
parce que l’ONU et son personnel doivent collaborer avec toutes les parties
concernées pour obtenir les moyens et l’appui nécessaires
pour réaliser des réformes capitales en matière de gestion
même si nous devons faire davantage avec moins de moyens. En faisant
preuve des plus hautes qualités sur les plans de la déontologie,
de l’intégrité et de la responsabilité effective,
nous pouvons montrer que nous répondons pleinement de notre action devant
tous les États Membres et devant le public mondial.
À problème mondial, solution mondiale. On ne peut plus faire
cavalier seul. Certains diront que penser cela c’est voir la vie en rose — une
illusion. Incorrigible optimiste que je suis, je pense que nous sommes revenus à notre
point de départ, à ce moment de magie qui s’est produit à San
Francisco il y a plus de 60 ans. L’ONU est plus sollicitée que
jamais, et on en attend tellement que le risque de déception est élevé.
Je ne crois pas aux miracles, mais j’ai foi en la solidarité humaine
et en l’application au travail et je crois au progrès réalisé pas à pas.
Par-dessus tout, ce qui m’intéresse, c’est les résultats,
pas les belles paroles. Les buts et principes fondamentaux de cette Organisation
sont exaltants et ils résistent au temps. À nous de renouveler
notre promesse de nous en montrer dignes. Dans cette noble entreprise, mes
partenaires sont les États Membres et la société civile.
Leur volonté d’aboutir, leur action et leur persévérance
sont les moteurs qui nous poussent vers la réalisation de l’idéal
de 1945.